Train de Luxe en Thaïlande

 Kanchanaburi

le train à kanchanaburi
Arrivés à la petite gare de Kanchanburi, nous sommes surpris d'y découvrir un train pas très courant, dans le sens où on peut dire qu'il a de la gueule et qu'il est vraiment... très long donc imposant, la gare quant à elle n'en paraît que plus minuscule encore !

Nous nous retrouvons face à l'Eastern & Oriental Express, un train de luxe qui fait une halte dans cette petite gare tout à fait charmante.


Le « Eastern Oriental Express » 

Eastern Oriental Express

Effectuant un arrêt à Kanchanaburi, ce train de luxe impressionnant accapare tous les regards de curiosité de la part des touristes présents sur le quai. Il faut dire que ce train a de la gueule.

Je me laisse bien évidemment prendre au jeu et j’en profite pour «claquer» quelques photos. J’aurais bien aimé prendre quelques photos de l’intérieur, mais j’ai vite compris que ce n’était pas possible et puis, à vrai dire, je n’avais pas vraiment le temps, notre train à nous devant partir incessamment…  

Train de Luxe...

  • Eastern Oriental Express
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Le train est assez impressionnant: 18 wagons composent la rame qui déborde de chaque côté de la petite gare...

A bord... Cuisine française !

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J'aperçois sur le quai, le Chef en discussion avec un manager lui faisant goûter un produit local. En voyant l’acquiescement je comprends vite que le produit en question convient au Chef ce qui veut dire que ce produit local fera partie des composants de l’un des prochains plats que les voyageurs pourront déguster à bord de ce magnifique train.

Quelques secondes plus tard, je retrouve le Chef sur un banc de la station et j’en profite pour faire connaissance.

Je ne suis même pas vraiment surpris de découvrir que le Chef est français… Yannis Martineau travaille sur ce train depuis quelques années après être passé par un grand hôtel à Phuket (entre autres) et  a l’air bien heureux dans son job présent.

Cette ligne du Eastern Oriental Express relie Bangkok à Singapour en passant par Penang et Kuala Lumpur. Trois jours et trois nuits avec tout le luxe et le raffinement de ce genre d’établissement pour une somme d’environ 2500€.

Rencontre brève mais sympa, je souhaite bonne route à Yannis !

« RECIT »

J'ai voyagé dans l’Eastern & Oriental Express entre Singapour et Bangkok

Eastern Oriental Express
   Par Francine Rivaud (http://www.challenges.fr/journaliste/7194/francine-rivaud.html)

Ce train de luxe mythique relie l'île-Etat à la capitale thaïlandaise, avalant plus de 2.000 kilomètres en 3 jours. Un voyage inoubliable à travers jungle et rizières.

C’est la fin du voyage. Il est 17h45. Avec une bonne heure de retard, l’Eastern & Oriental Express pénètre majestueusement dans le brouhaha moite de Hua Lamphong, la gare de Bangkok au faux air de celle de Turin. Ces derniers kilomètres, le train a traversé des banlieues miséreuses, longé des cahutes au toit de tôle, ralenti au passage d’enfants en haillons. D’un côté, le luxe insouciant d’un palace roulant qui perpétue la tradition ferroviaire de l’Orient-Express, de l’autre, la pauvreté des migrants attirés par les métropoles…

Tout avait commencé deux jours plus tôt, à Singapour. Au Raffles, cet hôtel mythique "synonyme de toutes les fables de l’Orient exotique", comme l’écrivait en 1959 un habitué des lieux, l’écrivain Somerset Maugham qui, tous les jours, faisait installer sa table d’écriture sous un frangipanier du jardin. Autre ambiance, en cette fin de matinée. Autour d’un verre pris au Long Bar Steack House, les passagers reçoivent les documents d’embarquement.

La plupart ont réservé depuis des semaines pour ce qui restera un voyage inoubliable. Cette fois, ils ne sont que 84, mais le train peut en embarquer jusqu’à 132. De nombreux Anglo-Saxons, de rares Français, beaucoup de retraités, même en chaise roulante, de vieilles dames au brushing impeccable, des chefs d’entreprise, des promoteurs immobiliers, des antiquaires… Les minibus transfèrent cette colonie disparate jusqu’à Woodlands Railway Station, la gare de Singapour.

Des wagons qui datent de 1972

L’Eastern & Oriental Express est là, posé le long du quai. La puissante machine vrombit déjà, prête à bondir vers le nord pour une aventure de plus de 2.000 kilomètres. Elle tracte 22 voitures en livrée vert et crème, dont deux voitures-restaurants et une voiture-bar. Construits en 1972 au Japon pour le New Zealand Railway, ces wagons ont été rachetés vingt ans plus tard par Orient-Express. Et luxueusement transformés à Singapour : marqueteries des cabines assemblées par des artisans locaux, plancher de la plateforme d’observation en teck birman, fauteuils capitonnés, moquettes et rideaux refaits à neuf.

En gilet chamarré, sourire aux lèvres, Fanun, le steward thaïlandais, accueille, au pied de la voiture E, ses passagers, répartis dans six cabines. Les bagages sont déjà à bord. On découvre les lieux : 5,8 mètres carrés pour deux personnes, y compris une salle de bains de poche, dotée de douche et toilettes. Une petite table, un canapé – qui se transforme la nuit en un lit simple, l’autre étant superposé –, un pouf sur lequel déposer le plateau du thé ou du petit déjeuner complètent l’ensemble. Un espace certes réduit mais largement suffisant à condition de ne pas voyager avec une malle-cabine, car le rangement est modeste. Confortable ? Plutôt luxueux avec son bois précieux, ses cuivres astiqués, ses serviettes de toilette immaculées siglées E&O, ses orchidées violettes dans un petit vase. Quasiment identique à cette "boîte close, vernie et capitonnée" que décrivait Joseph Kessel en 1932 en empruntant l’Orient-Express.

Le train s’ébranle. Peu à peu, les buildings et les autoroutes de Singapour s’éloignent. En moins d’une heure, on est en Malaisie. D’urbain, le paysage se fait bucolique. Exotique aussi : palmiers, cocotiers, arbres du voyageur, palmiers à huile réputés pour leur pousse rapide longent la voie ferrée. Parfois, la forêt est trouée par une rivière aux eaux sombres dans lesquelles des enfants se baignent. De part en part, tandis que s’installe l’obscurité, des lueurs annoncent un village.

Les cuisines sont pilotées par un Français

Il est temps de s’habiller pour le dîner. Tradition oblige, le dress code est strict, du moins si on en croit l’engagement que doit signer tout candidat au voyage : robes élégantes, courtes ou longues pour les femmes, costume sombre et cravate pour les hommes. Un devoir d’élégance plutôt bien respecté au dîner, beaucoup moins au déjeuner. Les tables des deux voitures-restaurants, au nom de Malaya et Adisorn, sont nappées de blanc. Le cristal des verres, l’argenterie et la fine porcelaine des assiettes attendent les convives du premier service.

Le chef français Yannis Martineau, le deuxième en vingt ans, a concocté ses spécialités, "médaillon de bœuf avec croquette de foie gras" ou "magret de canard sauce au poivre noir accompagné d’un tian de légumes". "Ma cuisine mêle recettes occidentales et saveurs asiatiques", dit-il. En fait, il propose une gastronomie digne d’un 3-étoiles, une performance réussie malgré les 12 mètres carrés dans lesquels officient six cuisiniers. "Tout est question d’organisation et de logistique", reconnaît-il. Si les approvisionnements sont effectués au départ du train, Martineau a déniché sur le parcours six boulangeries à qui il a appris quelques recettes de pain.

Les derniers noctambules s’attardent au bar. Les voilà qui entonnent de vieilles rengaines, accompagnés du pianiste. Oman et Pracha, les serveurs, ont l’habitude de composer avec les cahots du train pour servir des Pimms et des gin tonics. Voici Kuala Lumpur. A peine le temps de parcourir le quai de la gare historique de style anglo-islamique, et la machine siffle d’impatience. De la capitale de la Malaisie, on ne verra même pas les tours Petronas, longtemps les plus hautes du monde avant d’être détrônées. Cette fois, il est l’heure de se coucher. Et de tenter de dormir, malgré le bruit et les soubresauts, alors que le train poursuit sa route à la moyenne de 60 kilomètres à l’heure.

On ne se lasse pas du paysage

Le long de la péninsule malaise, il traverse cette "immensité de jungle qui s’étendait jusqu’à l’horizon comme un océan houleux, écrasé vers le nord par la masse sombre des montagnes", selon Henri Fauconnier dans Malaisie (1939). A l’époque, des pionniers avaient ouvert la voie à coups de machette. Un chemin indispensable pour transporter le caoutchouc au départ des plantations appartenant à des Européens à l’esprit aventureux. Au loin, ce sont les Cameron Highlands, ces collines où disparut à jamais en 1967 l’Américain Jim Thompson, ancien agent secret devenu célèbre pour avoir ressuscité la soie thaïlandaise. On ne retrouva jamais son corps. Les hypothèses les plus farfelues ont couru sur sa mort.

Au petit matin, c’est la Thaïlande. "Attention, c’est moins stable, avertit le chef de train. Les voies sont plus irrégulières." Mieux vaut se cramponner, surtout au passage des soufflets entre les voitures, pour accéder à la plateforme panoramique en queue de train. Mais le spectacle vaut le coup d’œil. Cheveux au vent, on reste fasciné par la voie unique qui s’étend sur de grandes lignes droites. Parfois, le train s’arrête dans une gare, là où deux voies permettent le croisement, juste le temps de laisser passer un convoi en sens inverse.

Le temps s’étire. En guise de distraction, on égrène les stations : Sam Roi Yod, Hua Hin, Phetchaburi… On admire le panorama, surtout quand la vitesse est réduite parce que des ouvriers réparent les voies : quelques buffles, des rizières d’un vert tendre, des hévéas alignés –ils se sont développés grâce au caoutchouc si nécessaire au début du xxe siècle après l’invention de Dunlo –, des champs de cannes qui se balancent mollement au vent. Ici et là, des maisons sur pilotis, indispensables pour se protéger des inondations et des bêtes sauvages.

Chaque jour, en Malaisie, comme en Thaïlande, des excursions permettent de rallier la terre ferme. A Butterworth, un long arrêt est prévu pour se rendre à George Town, la capitale de l’île malaisienne de Penang. Autrefois, il fallait prendre un ferry. Désormais, un pont – "le deuxième plus long de toute l’Asie du Sud-Est", assure Clement Liang, notre guide – a été édifié. Cette affirmation n’est pas tout à fait exacte, mais qu’importe. Ici, dans les souvenirs de l’East India Company, vivent 1,5 million d’habitants à majorité chinoise. Un des clans les plus riches, le Khoo Kongsi, a fait édifier en 1906 un des temples majeurs, richement décoré.

Le chemin de fer de la mort, un lointain souvenir

Dernière journée. En cette matinée, le train atteint l’embranchement vers le pont de la rivière Kwaï, à 128 kilomètres à l’ouest de Bangkok. Une célébrité depuis que, à partir d’un roman de Pierre Boulle, il fut immortalisé par un film britanno-américain du réalisateur David Lean en 1957. Déception : celui qu’on voit, en fer, n’est pas celui, en bois, du film, qui fut tourné au Sri Lanka… A défaut, le musée rappelle l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et l’hégémonie que les Japonais tentaient alors de déployer sur tout le Sud-Est asiatique.

Sous un soleil de plomb, on se recueille au cimetière tout proche qui perpétue le souvenir des milliers de morts britanniques, néerlandais, ces prisonniers de guerre tombés en construisant à mains nues ou à l’aide d’outils rudimentaires la voie ferrée entre la Thaïlande et la Birmanie. C’était "le chemin de fer de la mort". Un lointain souvenir. Qui n’affecte guère les passagers de l’Eastern & Oriental Express, déjà préoccupés, après ces deux jours enchanteurs, de leur arrivée à Bangkok.


Eastern Oriental Express
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