Le Temps qui passe...

Ah... de notre temps !

Lorsque j'étais gamin, j'ai toujours en tête, le souvenir de mon grand-père que j'adorais et qui, parfois m'emmenait avec lui le jeudi après-midi sur son vieux Solex, dans son atelier d'ébénisterie. C'est là que j'ai découvert l'odeur du bois qui m'est toujours restée et que j'aime toujours autant. Ensuite, lorsqu'il avait fini sa journée, il allait rejoindre ses potes au bistro du coin, toujours le même endroit, comme une sorte de club où on voyait systématiquement les mêmes têtes, pour taper le carton et boire quelques bières, et je me souviens très bien aussi que souvent, j'entendais certains anciens entre deux parties, se lancer dans des discours qui commençaient par : « ah, de notre temps… ». Ces discours revenant régulièrement comme un boomerang avaient tendance à me lasser rapidement et j'avais plutôt envie de m'éclipser en allant jouer avec le chien du patron dans la cour, plutôt que d'écouter pour la énième fois ce qui, pour moi était à l'époque un rabâchage monotone et franchement chiant. Je n'avais pas trop envie d'écouter les critiques fuser sur la période que je vivais au présent, et ce qui s'était passé de nombreuses années en arrière avant même que je ne sois de ce monde, ne m'intéressait pas vraiment. J'étais tout jeune, même pas ado et je ne savais même pas qu'« autrefois » c'était différent.

A présent, je me retrouve presque à l'âge de ces anciens et je me rends compte que parfois je me lance moi aussi à mon tour dans ce type de discussion. Commencerais-je à radoter à mon tour ?

Donc... voilà, je vais remémorer pendant quelques lignes, le Phuket que j'ai connu au début de ma vie asiatique...

Voilà bien des années que j'ai décidé de poser ma valise dans ce grand pays du sud-est asiatique, et depuis quelques années je constate malheureusement une lente mais certaine régression assez sensible du niveau de vie, et ce, notamment à Phuket. Il fait toujours bon vivre sur cette île, certes (faut pas exagérer non-plus) mais comparativement en jetant un regard en arrière, ce n'est plus tout à fait pareil. Les temps changent.

La crise mondiale qui sévit depuis quelques années a modifié bien des choses comme partout. Le baht qui oscille et qui ralentit sensiblement par moments selon son cours le pouvoir d'achat de certains expatriés «farangs» qui vivent de leur modeste retraite, a lui aussi mis son grain de sel et accéléré cette situation.

S'il est clair que pour un plat de nuddles cette différence ne joue pas, sur un séjour de vacances complet de «monsieur tout le monde», 10% à 15% peuvent déjà représenter une certaine somme... quant aux retraités « farangs », cette différence, est toujours bonne à prendre si elle s'avère positive, ou un peu plus dure à encaisser, dans le sens inverse…

Mais il n'y a pas que le problème des caprices du cours du baht... la vie en elle-même a bien augmenté à Phuket. Les légumes, la viande, les fruits de mer, le poisson, l'électricité ont connu des augmentations bien conséquentes. Et s'il n'y avait que ça...

Les prix des «services» sont devenus un peu n'importe quoi à Phuket et en tout cas, bien souvent (trop souvent) à la tête du client. Souvent les «farangs» ont le sentiment d'être pris pour des vaches à lait.

Si je compare une course en taxi à Bangkok avec une course en taxi à Phuket... (même distance, même temps de parcours) la différence de prix est incroyablement plus élevée à Phuket: il faut compter plus du double.

Etrange tout de même.

Changement d'Ambiance

Les premières années à Phuket furent une véritable découverte à tous points de vue. Kamala, ce petit village situé à 10 kilomètres de Patong fut notre premier domicile sur l'île. J'avais craqué pour ce petit coin de paradis et nous y étions très bien avec à peine quelques français, une poignée à peine, ce qui faisait que dans notre vie de tous les jours, nous étions obligés de nous débrouiller en thaï ou en anglais. et vu que nous étions très peu, l'ambiance y était vraiment amicale, simple, et bon enfant.

Au « Café Java » notre petit Q.G. de l'époque à Kamala, dans lequel nous passions bon nombre de nos soirées, nous parlions plus souvent anglais que français accoudés au bar à l'heure de l'apéro, et même plus tard encore autour de la table de billard en disputant quelques parties toujours bien conviviales, c'est dire…

Les fréquentations de ce genre d'établissement étaient plus mixtes en ce temps-là. Anglais, américains, australiens voire allemands composaient souvent l'essentiel de la clientèle. J'ai l'impression de nos jours, que les français restent entre français, les allemands entre allemands, les anglais entre anglais... c'est bien dommage.

En dehors de notre petit Q.G., les gens du pays que nous croisions étaient souriants, aimables, serviables. Beaucoup baragouinaient quelques mots d'anglais et nous, nous baragouinions quelques mots de thaï, et puis, aidés de nos compagnes, nous arrivions finalement à nous en sortir.

A cette époque-là, tous, autant que nous étions, c'est-à-dire pas beaucoup de français… nous parlions anglais avec nos compagnes thaï, c'était systématique et cela nous paraissait tout à fait normal. La plupart d'entre elles avaient déjà quelques notions d'anglais et l'adaptation n'en était que plus rapide pour tout le monde.

D'ailleurs s'exprimer en anglais dans un pays d'Asie du sud-est nous paraissait d'une logique évidente. Il ne nous serait jamais venu à l'esprit de parler français avec nos compagnes ou d'essayer de leur apprendre notre langue. C'était ainsi.

Au début de notre installation à Phuket, j'ai dû rapidement, comme bon nombre de mes connaissances, faire un choix sur la langue que nous utiliserions couramment. Ce fut sans hésiter l'anglais, cela nous paraissait tellement évident et c'est ainsi que nous avons évolué durant toutes ces années. Certes, le niveau n'a jamais été « Oxfordien », l'essentiel étant de pouvoir échanger, partager, communiquer avec tout le monde.

Cet état d'esprit a cependant bien changé. De nos jours, de plus en plus de français vivent à Phuket et forment une communauté qui s'agrandit de jour en jour, ce qui est bien pratique pour ceux qui ne s'expriment qu'en français, mais qui, d'un autre côté n'est pas fait pour faciliter l'apprentissage que ce soit du thaï ou de l'anglais, car à force, on a tendance à se confiner dans un « cercle fermé » ne facilitant guère le contact « extérieur ». En restant ainsi dans ces cercles il n'y a pas la barrière de la langue et aucun effort à faire... (il n'y a pas que les français dans ce cas)

​Ceci étant, je persiste en disant que je ne suis pas venu m'installer à 10.000 kilomètres de chez moi pour ne voir et ne fréquenter que des compatriotes. Tout le monde ne comprendra pas cet état d'esprit, mais c'est le mien tout simplement, ce qui ne veut pas dire que je n'apprécie pas certains de mes compatriotes. Pouvoir échanger des idées, des expériences, des connaissances avec des gens qui sont aux antipodes de vos origines est souvent enrichissant et permet de découvrir d'autres habitudes, d'autres moeurs, d'autres coutumes.

Ce qui m'amuse dorénavant si on peut dire, et ceci prouve aussi que nous avons changé d'époque et d'ambiance, est qu'on me pose dorénavant régulièrement la question : « mais pourquoi ta femme ne parle-t-elle pas le français?». Au début, j'étais même surpris qu'on puisse me poser cette question, ici dans ce pays, mais à force, je m'y suis habitué... je crains par contre, que d'ici quelques années, on trouvera certainement « anormal » qu'elle ne comprenne pas le français ! 

Changement d'époque, changement d'ambiance...

Génaralement, les gens qui me posent ce genre de question sont souvent installés depuis peu de temps et n'ont pas connu la période où la communauté française était très réduite. Arrivent-ils à comprendre mes explications à ce sujet..? Je n'en suis pas vraiment sûr, et ça n'a d'ailleurs aucune importance. Après tout, je n'ai pas à me justifier sur ce genre de détail.

Le fait que la communauté francophone s'agrandisse ne peut que faciliter pour certains l'acclimatation à ce pays qui est tout de même très différent du notre. 

Parfois, j'ai les cheveux qui se dressent sur la tête lorsque j'entends des gens s'adresser en français à des employés dans un restaurant ou un magasin, comme s'ils étaient chez eux en France. Les employés thaï ne comprennent pas un traître mot de notre langue et je trouve que la moindre des choses de la part de ces gens, serait déjà de s'exprimer un minimum en anglais. Bon sang, ce n'est pas compliqué de dire «Hello», «Please», «Thank you» et d'oublier quelques secondes ses origines!

Je me souviens qu'un jour dans un magasin, un type que j'observais et qui était énervé parcequ'il n'avait pas réussi à se faire comprendre, pris son téléphone et appela un ami en disant «tu peux pas m'aider, ces cons ici ne comprennent même pas le français !» là, j'avais rencontré le niveau d'excellence en stupidité, et encore,  il n'était pas le seul... les anecdotes de ce genre ne manquent pas ! 

L'Asie, ça reste l'Asie avec ses différences énormes de culture, d'éducation, de mentalité, de climat, de nourriture. La distance qui sépare ces deux civilisations est aussi grande qu'autrefois, mais la durée de trajet a été considérablement réduite avec l'évolution continuelle des moyens de transport. Il y a 60 ans, il fallait plusieurs jours pour se rendre en Asie du Sud-Est, et c'était plus communément le bateau qu'on utilisait, donc parfois il fallait plusieurs semaines... de nos jours, quelques heures suffisent, une nuit de sommeil si on veut, l'équivalent d'un Paris-Biarritz en voiture , et on a complètement changé de monde ! certains ne se rendent pas compte qu'en si peu de temps on puisse autant changer et se trouver dans un autre monde, car reconnaissons le, ces régions-ci font vraiment partie d'un autre monde, et les gens qu'ils soient thaï, cambodgiens, vietnamiens ou laotiens sont vraiment différents de nous autres.

Séjourner quelques jours, voire quelques semaines une fois par an, passer du bon temps, sortir tous les soirs... c'est une chose. On appelle ça tout simplement des vacances.

Vivre à plein temps, ce n'est pas pareil, c'est complètement différent, il faut une adaptation plus ou moins longue et là, bien souvent, certains qui se sont décidés trop vite, sur un coup de tête par exemple, connaissent quelques fois des moments plus ou moins difficiles, au point même de retourner en Europe aussi vite qu'ils sont venus à la case départ. Un tel changement doit tout de même faire l'objet de pas mal de réflexions avant de prendre la moindre décision. J'en connais pas mal qui, s'ils n'avaient pas toute la communauté francophone autour d'eux, ne tiendraient pas.

Evitant les grandes foules, le bruit, le trafic et ses dangers, je me rends très rarement dans les stations hyper touristiques et bondées telles que Patong Beach, Kata ou Karon. Ma vie ici, est une vie de famille tout à fait courante et banale, qui se limite à des allées venues entre ma maison et le centre de Phuket Town, chercher ma fille à l'école ou bien faire des emplettes de temps à autres. Les soirées prolongées dans les bars, j'ai laissé cela à d'autres depuis bien longtemps, et lorsque cela m'arrive (si rarement) j'abrège assez vite car je n'ai plus la patience, à moins qu'une table de billard ne soit disponible vu que j'aime bien ce jeu, seule et unique raison pour me faire rester un peu plus longtemps, mais dès que ma partie est terminée je n'éprouve qu'une seule envie: celle de partir. De ce côté, j'ai pris un petit coup de vieux...

Le Trafic Urbain de Phuket


​Ce qui a été le plus frappant à Phuket ces dernières années, et de loin, est l'augmentation incroyable du trafic. Les points noirs à certaines heures de la journée sont devenus si nombreux qu'il devient bien plus facile de se déplacer à moto. D'ailleurs la moto est devenue mon moyen de locomotion le plus utilisé.

Si je devais citer la liste des points noirs sur l'île, celle-ci serait déjà bien longue, ne serait-ce qu'en commençant par citer le gros chantier qui donnera naissance au premier passage sous-terrain, commencé il y a quelques mois à l'entrée de la ville. Pour l'heure, les bouchons à certains moments de la journée à cet endroit sont vraiment impressionnants, mais comme en Thaïlande on est très patient... tout se passe avec calme.

Mon meilleur point de repère, une sorte de baromètre, est l'école que ma fille fréquente depuis environ neuf ans. Je me souviens très bien que les premières années lorsque je venais la récupérer à la sortie des classes, j'allais me garer sur le petit parking à l'intérieur de l'établissement. La majorité des parents venaient récupérer leurs enfants à moto et les gens en voiture étaient en minorité.

Depuis, quelques années ont passé, et ce parking intérieur a été triplé en surface vu l'augmentation flagrante du nombre de véhicules pénétrant l'enceinte... et malgré cela, à présent, tous les jours à 16h passées, il est difficile de trouver une place ou de quitter le lieu une fois la gamine récupérée... la minorité a changé de camp...

Impressionnante cette évolution qui n'a plus rien à voir avec ce que j'ai pu connaître au début de la scolarité de ma fille. L'école et son parking qui reflètent parfaitement l'évolution des familles standard traditionnelles phuketoises est un excellent moyen de constater ce changement flagrant, et là... il n'y a pas de touristes, tout juste quelques «farangs» comme moi qui avons nos enfants dans cette école, et nous ne sommes vraiment pas nombreux.

Des Centres Commerciaux qui poussent comme des champignons !

En 1997, année de mon installation à Phuket, toutes nos courses que nous faisions, nous les faisions dans les petites boutiques, chez les petits commerçants ou dans les petites boutiques chinoises de Phuket-Town. Il n'y avait pas un seul centre commercial, pas un seul hypermarché, à part le «Robinson» en plein centre de Phuket-Town qui d'ailleurs, existe toujours. Trouver un produit français par exemple, était quasiment impossible.

Depuis une bonne dizaine d'années... on a assisté à l'éclosion de nombreux magasins qui ont poussé comme des champignons: des «grandes surfaces» comme Tesco-Lotus ou Big C (équivalent Carrefour en France), ou d'autres magasins plus spécialisés comme Home-Pro ou Home Work (équivalent Castorama en France) pour le bricolage ou encore l'électro-ménager, et enfin de grands magasins de décoration de l'habitat comme Index. A l'une des plus importantes intersection de la ville le grand «Central Festival» bien sûr qui regroupe des centaines de boutiques de marques. Une mutation certainement nécessaire et inévitable, que nous avons bien entendu connue et vécue en Europe dans les années 70.

Ces centres commerciaux connaissent le même problème que nous avons connu dans l'école de ma fille: les aires de stationnement sont devenues complètement sous-dimensionnées. A «Central-Festival» se garer devient un véritable casse-tête le week-end que ce soit en «haute» ou en «basse» saison, idem au «Tesco-Lotus» à quelques centaines de mètres de là.

On ne peut pas dire que les concepteurs, architectes and Co sur ces coups-là, ont vu grand.... une place de parking dorénavant, est devenue une denrée rare.

Malheureusement, ce qui m'avait tellement plu à Phuket à l'époque, a disparu en majorité: ce côté nature, sauvage, cette sensation de liberté et de simplicité voire d'authenticité.

D'un autre côté, Phuket, du fait de la création de ces nombreux centres ou hypermarchés, propose à présent un éventail de produits bien variés pour les résidents étrangers, ne serait-ce qu'en matière d'alimentation. Il y en a pour tous les goûts. Les anglais, les allemands, les français pour ne citer qu'eux, peuvent trouver bon nombre de produits qui leur rappellent leurs bonnes tables de chez eux... car lorsqu'on vit à plein temps dans ce pays, à moment donné, un petit vin et un bon petit fromage provenant de sa région... ça remonte le moral et procure un réel plaisir, c'est sûr !

Les charcuteries, les fromages, les plats préparés surgelés, tout un éventail de possibilités qui permet à chacun d'y trouver son bonheur, sans compter les vins de toutes origines. Pas forcément évident de satisfaire une clientèle aussi variée et aux goûts si différents et pas forcément facile non-plus de gérer autant de provenances.

Pour ne parler que de nous autres français, il est facile de trouver dans certains magasins des camemberts excellents, du pâté de campagne souvent fait maison, du foie gras, des Bordeaux, des vins d'Alsace, des Bourgognes... et même... des huîtres de Bretagne !

Les restaurants français sur l'île sont nombreux aussi et proposent des plats qui parfois nous font bien saliver.

Phuket-Town que j'aime de plus en plus

Restons à Phuket-Town, que j'apprécie de plus en plus et qui est un endroit où on trouve encore de l'authenticité, de la convivialité, et beaucoup de courtoisie. Mine de rien, on est loin de l'ambiance des stations comme Patong, Kamala, Karon ou Kata.

En fait, ça n'a rien à voir, je dirai même que la ville de Phuket et les stations de bord de mer n'ont pas grand-chose en commun. A Phuket-Town, on y croise de temps à autres des touristes avec leurs appareils photos bien sûr, mais on les croise plutôt dans les vieux quartiers de la ville.

Lorsque je me déplace dans cette ville, et c'est tout de même assez fréquent, je croise vraiment des gens du cru, des gens qui vont à leur travail, qui font des emplettes. Lorsque je me déplace à moto, me retrouvant à l'arrêt à un feu rouge au milieu de 25 autres motos voire plus encore, je m'amuse parfois à tourner la tête vers les uns et vers les autres et ce sont souvent des sourires qui sont échangés. Pas désagréable du tout comme sensation.

Des petits restaurants ont ouvert, parfois dans de vieilles bâtisses avec des cours intérieures ce qui donne un charme encore plus typique, des coffee-shop se sont créés par-ci par-là, et le soir, la ville est bien agréable aussi, si tant est qu'on sache s'orienter un minimum. On y trouve des bars à musique tout à fait sympas, avec une bonne ambiance et des prix absolument corrects.

J'ai bien plus le sentiment de me trouver en Thaïlande en étant à Phuket-Town, car il suffit de vadrouiller dans quelques petites ruelles pour y voir de vieux commerçants dans leurs vieilles boutiques chinoises, installées dans de vieilles bâtisses typiques de la région, ce fameux style sino-portugais qui date des années fastes du commerce d'étain, commerce qui a pratiquement disparu de nos jours. Ces maisons noircies au fil des ans par l'humidité et les pluies abondantes des moussons successives. On y trouve des petits commerces à l'ancienne, comme je les ai connus chez moi lorsque j'étais encore gamin. Ça rappelle toujours des périodes vraiment agréables, un peu nostalgiques assurément. Vraiment... j'aime beaucoup cet endroit, je m'y sens bien et de mieux en mieux.

En Thaïlande, c'est bien connu, la chose la moins esthétique que l'on puisse observer dans toutes les villes et villages, sont ces forêts inimaginables et impressionnantes de câbles électriques, internet et téléphone. Bien souvent les poteaux sont tellement chargés qu'on se demande comment le tout peut tenir... mais quelques fois aussi, ce sont les câbles au contraire, qui retiennent les poteaux ! Image traditionnelle et typique du pays. Combien de fois ai-je voulu prendre en photo une superbe façade de maison ancienne et le résultat en fut vraiment navrant à cause de ces satanés câblages...

Depuis quelques années, la municipalité de Phuket-Town a lancé une série de travaux pour justement dissimuler ces câbles électriques en les enterrant dans certaines rues du vieux quartier. Je dois reconnaître que le résultat est spectaculaire et vraiment réussi. On a la sensation de respirer plus aisément, de découvrir de nouvelles façades, c'est comme si on avait fait un gros ménage dans une chambre complètement bordélique.

Les premiers résultats étaient visibles dans les rues de Thalang Rd et Dibuk Rd et les travaux continuent lentement mais sûrement.

Le soi Romanee autrefois ruelle «chaude» avec tous ses trafics en tous genres, a été complètement réaménagée. Certaines vielles bâtisses ont été rachetées et des travaux importants y ont été réalisés pour en faire des galeries d'art, des bureaux de tourisme voire des petits guesthouses. La plupart des façades ont été repeintes avec des couleurs vives et gaies et là aussi, on peut constater une amélioration très positive.

Dernière rénovation en date, pas très éloignée de ce Soi Romanee, le plus ancien hôtel de Phuket, le «On On Hôtel» sur Phang Nga Rd, qui a ré-ouvert ses portes après de longs et coûteux travaux en plein cœur de la vieille ville.

Pour agrémenter le tout, une grande fête annuelle qui dure plusieurs jours a lieu une fois par an (fin janvier). Des centaines d'étals, des musiciens, des artistes peintres, des groupes folkloriques s'installent dans les rues devenues piétonnes durant cette période. Certains y exposent leurs pièces de collection, comme des vieilles coccinelles ou encore de vielles Vespa et qui attirent souvent bon nombre de curieux ou autres amateurs connaisseurs.

Malgré la foule très dense, l'ambiance y est absolument conviviale, sans la moindre bousculade, bon enfant et reste tout à fait locale et sympathique. Les touristes ne sont pas vraiment nombreux... ou s'ils le sont... ils sont largement noyés dans la foule des grands soirs au point d'être quasiment invisibles.

On n'arrête pas le progrès

Lorsque j'ai atterri pour la première fois en Thaïlande, à Bangkok, puis en visitant des régions plus au nord, j'ai découvert un pays largement en retard par rapport à ce que je connaissais en France. A l'époque, j'estimais qu'il y avait un écart d'environ quarante bonnes années avec notre civilisation et ce, à tous points de vue.

Je voyais des gamins s'amuser avec n'importe quel objet trouvé dans la rue, parce qu'ils n'avaient pas autre chose, ni les moyens d'avoir plus. Courir avec une vieille jante de vélo poussée avec un bâtonnet, se baigner dans une rivière avec de vieilles chambres à air... des choses et des situations que j'avais connues moi-même en étant gamin époque où nous aussi, nous savions nous amuser avec un rien.

Entre cette période de découverte de la Thaïlande, de mes premiers séjours à Phuket en1994, et de nos jours.... je dois reconnaître qu'il y a eu une avancée assez extraordinaire à tous points de vue et l'écart que j'avais évalué à 40 ans à l'époque, s'est bien resserré.

Allez, je vais refaire un petit coup de flash-back... « ah, en ce temps là… »

Par exemple, en 1994/95, l'informatique ou plutôt, la micro-informatique en était à ses tout débuts. Pas vraiment facile à l'époque de s'équiper correctement mais encore moins facile de bénéficier d'une certaine maintenance. C'était le tout début d'Internet et les connections étaient d'une lenteur incroyable par rapport à ce que l'on trouve à présent. Je connaissais un français qui a avait monté sa petite boite d'informatique et qui se plaignait de ne trouver de techniciens thaïs en informatique. Par rapport à ce qui se faisait en Europe, le fossé était assez énorme.

Je me souviens que mon premier ordinateur, qui fut d'ailleurs l'un de mes premiers achats à mon installation à Phuket, je l'ai acquis en allant dans la boutique d'un hollandais. Les thaïs vendant des ordinateurs à cette époque-là étaient très rares pour ne pas dire inexistants.

C'était le tout début aussi des téléphones portables. Mais cette fois-ci, comparé à la France, là... les thaïs s'en servaient déjà plus fréquemment que nous autres en France. J'en étais surpris moi-même. Faut dire qu'aujourd'hui, le téléphone portable, smart phone et autres se sont parfaitement intégrés dans le quotidien des thaïs. Il suffit de se promener dans n'importe lequel des centres commerciaux (à Phuket ou ailleurs) pour se rendre compte de l'immense popularité de ces joujoux. C'est à coup sûr le commerce le plus courant et le plus important qui a connu, j'en suis sûr, la plus grosse progression: des dizaines et des dizaines de petits shops proposant les dernières nouveautés...

Patong : Une autre planète

Si j'aime beaucoup la ville de Phuket, je ne pourrai pas en dire autant de Patong, la station principale de l'île. Certes, lors de mes premiers voyages j'ai atterri comme tout le monde dans ce monde de la nuit assez particulier à traîner de bar en bar et je serai un menteur ou de très mauvaise foi si je disais le contraire. Finalement, j'aimais bien ce sentiment de liberté que ces virées interminables nous procuraient. C'était les vacances, on avait envie d'une seule chose: nous amuser un bon coup, histoire d'oublier nos soucis habituels.

De toute façon, lorsque vous êtes en vacances et en Thaïlande... que faire de vos soirées si ce n'est d'aller boire quelques verres dans les bars dans une ambiance de folie... car il faut bien le reconnaître, sorti des quartiers chauds, ou des bars en général, le soir, il n'y a pas grand chose à faire.

Si Phuket-Town a évolué avec l'apparition de ses centres commerciaux et autres hyper-marchés, il en est de même pour Patong, c'est évident. Le grand centre Jungceylon encore plus vaste que le Central Festival, est impressionnant. Là, ce sont des milliers de boutiques de toutes sortes qui s'y trouvent, de nombreux restaurants, ou encore des pubs avec de nombreuses tables de billard. Noir de monde la plupart du temps on peut néanmoins s'y garer assez facilement. La majorité des visiteurs étant des touristes qui viennent des hôtels environnants et qui n'ont pas de voiture. C'est à cela aussi qu'on remarquera que ce n'est pas la même clientèle.

Cet immense centre commercial a été la plus importante réalisation à Patong ces dernières années.

A côté de cela, de nombreux chantiers de constructions sont en activité pour créer encore et encore des immeubles, des hôtels... on se demande vraiment où ça s'arrêtera...

Les folles nuits de Patong

A part ces quelques nouveautés... Patong est à peu près la même qu'il y a quinze ou vingt ans.

Les bars et les gogos sont toujours aussi nombreux, peut-être un peu plus nombreux encore, mais on y retrouve la même configuration. L'artère la plus représentative, la plus fréquentée, la plus active, la plus connue, restant l'incontournable Bangla Road.... surnommée à moment donné, la rue de la soif ! 

Je pense pouvoir affirmer aussi, sans grand risque de me tromper, que la plus grande progression de ces dernières années a été le nombre incroyable de nouveaux salons de massages. Ce sont des centaines de salons de massages tout au long des rues, dont les hôtesses en tenue vous invitent à passer un moment de détente parfois bien agréable. Il est évident que cette activité est un business très lucratif, sinon il n'y en aurait pas autant...

Des massages, il y en a pour tous le goûts... tous les prix. Chacun y trouvera son plaisir, bien que souvent il y a aussi une part de chance entre les bonnes masseuses et les moins bonnes,c'est pourquoi je conseillerai à chaque amateur de douceurs de ne pas se limiter à une seule expérience. 

Là aussi, un changement d'ambiance flagrant

Quant à Patong même, pour m'y être rendu récemment le temps d'une virée en famille (je vous rassure, les enfants n'étaient pas avec nous), j'ai trouvé que l'ambiance avait bien changé cependant. Les fréquentations sont devenues souvent un peu plus... douteuses dans certains endroits et les bagarres bien plus fréquentes aussi. Malgré cela, c'est toujours un endroit de fête, où on s'éclate, où on boit, où on danse, où on s'amuse comme des fous. Un lieu spécial avec tous ses excès. Il faut vraiment aimer les bains de foule, le bruit, les bousculades, croiser des mecs complètement bourrés, bref... un monde assez particulier.

Il est certain que lors d'un séjour sur l'île de Phuket, un détour par Patong, ne serait-ce qu'une fois, le temps d'une soirée, est quasiment inévitable. De toutes manières, arrivés à votre hôtel situé à l'autre bout de l'île, vous en entendrez forcément parler de Patong... et vous ne pourrez résister ne serait-ce que par curiosité.

Après... chacun en pense ce qu'il veut, chacun ramènera une opinion personnelle dans un coin de sa tête. Il y a celui qui découvre, qui apprécie, qui trouve cette ambiance follement géniale, et qui y retourne presque tous les soirs... et puis il y a celui qui n'arrive pas à apprécier, qui y voit une sorte de foutoir scandaleux à éviter à tout prix, qui repart outré, choqué, et c'est bien souvent l'image de toute la Thaïlande qui en prend un coup... dommage. La Thaïlande... ce n'est pas Patong, désolé !

Il est clair que celui qui n'a jamais vu des travestis (appelés ici Ladyboys ou encore plus localement en thaï les Kathoys) danser à moitié à poil sur un bar devant des dizaines de gens avec une musique à réveiller un mort, peut parfaitement être choqué ou alors à l'inverse être absolument amusé par la situation. C'est un monde à part, un monde où beaucoup d'excès sont étalés aux yeux de certains touristes débarquant fraîchement de leur campagne profonde. Il faut s'y faire, c'est sûr...

Les «Gogo-Bars», quant à eux plus «fermés» ou plus «discrets» sont aussi des endroits assez particuliers et parfois même un peu glauques où des filles dansent parfois pratiquement nues sur une estrade devant de vieux touristes suants à grosses gouttes, canette de bière en main et en mal de sensations.

Les médias depuis des années ont traité ce sujet en long et en large à leur façon, au point d'altérer sérieusement l'image de la Thaïlande. La prostitution est effectivement un fléau mais il ne faut pas non-plus tout généraliser. Cette prostitution existe dans tous les pays du monde qu'elle soit visible ou non. Que vous alliez à Patong, à Bangkok, à Paris à Bruxelles ou à Rio, vous trouverez ce commerce du sexe qui reste le plus vieux métier du monde ne l'oublions pas.

On n'en fait pas un plat du bois de Boulogne à Paris avec ses innombrables travelos brésiliens qui font le trottoir ou bien des vitrines de Liège ou d'Anvers avec leur marchandise bien exposée et mise en valeur par un éclairage judicieux ... et pourtant ça existe et nous sommes bien loin de la Thaïlande. L'image de la France n'est pas altérée pour autant à cause de ses quartiers chauds, la Belgique non-plus, alors pourquoi en faire sans cesse une montagne avec les bars de Thaïlande qui sont généralement concentrés dans des quartiers bien précis ?

Mais restons à Phuket... et pour la faire courte, je dirai que celui qui veut se défouler, partir à la découverte, à l'aventure, à tout intérêt à aller à Patong et que celui qui, au contraire éprouve un sentiment de rejet à ce genre d'ambiance... n'a qu'à éviter ce genre de quartier. Chacun doit être libre de faire ce qu'il veut après tout, tous les goûts sont dans la nature finalement.

Pas de fumée sans feu

Pour en revenir aux différences entre le Phuket d'aujourd'hui et le Phuket d'hier, comparaison qui va se limiter ici aux seules stations (comme Patong, Kata, Rawai) bondées de touristes en haute saison, je constate malheureusement, que bien des choses ont changé et pas vraiment dans le bon sens.

J'entends régulièrement dans mon entourage, dire que certains thaïs sont devenus plus agressifs que par le passé, moins conviviaux, moins tolérants... en effet, il m'est arrivé à moi aussi de m'en rendre compte, mais c'est loin d'être une majorité et ce n'est pas forcément flagrant.

Il faut dire que les nombreux excès que ce sont permis depuis plusieurs années certains «farangs» peu scrupuleux en s'imaginant se trouver en pays conquis ont bien entendu, contribué à cette (rare) détérioration des relations entre gens du cru et touristes. Bon, je conviens qu'il ne faut ni généraliser ni exagérer la situation. Il fait toujours bon vivre à Phuket rassurez-vous !

Les thaïs sont des gens accueillants et courtois, mais de plus en plus souvent il y a de quoi être surpris par certaines réactions.

Bien souvent, il est difficile de se garer, pas uniquement dans les centres commerciaux, mais aussi dans n'importe lequel des quartiers de Phuket, de Rawai ou de Patong.

L'exemple le plus courant étant, que les commerçants thaïs, vous demandent assez sèchement d'aller vous garer ailleurs plutôt que devant leur boutique car vous «bouchez la vue...» ou empêchez l'accès à leur emplacement.

Le «farang» dont ce genre de demande peut agacer, préférera ignorer l'exigence du commerçant avec une certaine arrogance et une complète indifférence, mais aura une belle surprise à son retour: pneus dégonflés tout simplement. C'est malheureusement une situation pitoyable qui se renouvelle bien souvent et de plus en plus. Au début de ma vie à Phuket, jamais je n'aurais pu imaginer cela… mais voilà, nous y sommes arrivés.

Plus époustouflant encore est que même certains farangs, «petits patrons» de bar ou de boutique quelconque se prenant pour plus importants qu'ils ne le sont en réalité, et plus ou moins aigris par leur chiffre d'affaire pas très reluisant (beaucoup s'imaginent faire fortune en créant un commerce, faut pas rêver non-plus) s'adonnent à ce genre d'acte absolument condamnable. Tout ceci est bien lamentable, mais il y a pire encore:

Les vendeurs thaï ont bien changé aussi. Je ne sais pas si c'est l'arrivée massive des russes qui fait ça, mais j'ai croisé des vendeurs se comportant à présent comme des européens, arrogants et à la limite agressifs. Bien connu est le marchandage à tous les étals... récemment donc, demandant le prix d'un article et jugeant le prix exagéré, je signalais au vendeur qu'à Bangkok j'avais trouvé le même trois fois moins cher. Bille en tête il me répondit sans hésiter et sans perdre une seconde que je n'avais qu'à aller à Bangkok car c'est meilleur marché dans la capitale, voire en Chine car en Chine c'est encore moins cher !

Un autre, au Week-end Market de Phuket s'en prit à une américaine parce que celle-ci avait pris par erreur son bac à glace pour une poubelle et y avait jeté des mouchoirs en papier. Le pauvre vendeur utilisait ce bac pour boire de l'eau et se retrouvait avec un bac à glace inconsommable: s'en sont suivis des «Go Away fucking american, I fuck you»

Je n'avais jamais vu de telles réactions de la part des vendeurs en Thaïlande auparavant. Incontestablement, Phuket est en train de connaître une mutation qui, pour moi, me paraît bien inquiétante.

Travailler sans permis de travail pour un étranger en Thaïlande est un délit passible d'une forte amende, plusieurs nuits de prison et une tonne d'ennuis. Combien de fois ai-je entendu que des appels anonymes avaient été effectués à la police d'immigration pour demander aux agents de faire une descente et d'aller vérifier si le patron farang est en règle et qu'il n'emploie pas d'étrangers sans ce fameux permis de travail. Bien souvent ces appels émanent d'autres farangs jaloux de la réussite du concurrent. Triste réalité du comportement et de la mentalité de certains expatriés dont on se demande bien ce qu'ils viennent faire dans un pays au départ si accueillant... je précise néanmoins que ce genre d'acte est assez rare, heureusement, mais s'est produit et j'en ai largement eu écho.

Au fil des ans, je peux dire sans retenue que j'ai croisé un nombre considérable d'expatriés européens, de «sacrés connards» comme on dit, d'origines différentes et pas des moindres: profiteurs, opportunistes, impolis, imbus de leur personne, arrogants, prétentieux, bref, un éventail de catégories d'énergumènes qu'on peut trouver partout dans le monde mais peut-être plus repérables ici à Phuket et à éviter en priorité. Alors quand ce type d'individu commence à vouloir dominer des thaïs, il est certain que l'étincelle peut facilement se produire et mettre le feu aux poudres.

A force, pas étonnant que les gens (les thaïs) finissent par changer, vu qu'ils n'ont tout de même pas envie de se laisser faire aussi facilement.

Ces gens finissent pas devenir méfiants, agressifs parfois aussi, et en fin de compte, personne n'a à y gagner quoi que ce soit. Les thaïs, même s'ils sont calmes en apparence, courtois et accueillants la plupart du temps, sont des petits volcans toujours prêts à exploser. Si on les cherche on les trouve très facilement et plus vite qu'on ne croit... et une fois que l'explosion a eu lieu... bonjour les dégâts !

L'explosion comme dit, peut se produire très vite. A vous de savoir comment réagir comme il se doit, ce qui n'est pas forcément facile, car il ne faut pas oublier que les thaïs sont solidaires entre eux à 100%. Si vous vous attaquez à un thaï, c'est comme si vous vous attaquez à tous les autres en même temps.

Le cas le plus courant et qui peut arriver à n'importe quel « farang » qu'il soit expat ou simple touriste, est l'accrochage sur une voie de circulation, à moto ou en voiture.

Si en Europe à la suite d'un accrochage il y a peu de badauds qui s'intéressent à votre situation présente, ici, il en est tout autrement. Quelques secondes après le « petit accrochage » vous vous sentirez très vite bien isolé car les gens s'arrêtent les uns après les autres, par curiosité mais aussi par solidarité et cela peut parfois aller jusqu'à 10, 15 ou 20 personnes qui vous encerclent.

Si jamais la situation se détériore parce que la personne que vous avez accrochée vous réclame une somme d'argent que vous jugez exagérée et que vous réagissez un peu violemment... cela peut dégénérer et vous y perdrez encore plus, et là, je vous garantis un long moment de solitude.

Bien sûr, il y a des parades à ce genre de situation : appeler immédiatement la police (pas sûr que le policier qui décroche saura s'exprimer en anglais et comprenne ce qui vous arrive) ou alors votre assureur. Si vous avez une moto ou une voiture de location, c'est plutôt le loueur qu'il faut appeler qui contactera son assureur afin qu'il vous rejoigne sur place et vous aide à sortir du guêpier dans lequel vous vous trouvez.

Cette situation est de loin, celle que je redoute le plus en Thaïlande depuis que j'y habite, car comme le moindre petit accrochage peut devenir une source de problèmes incroyables, on finit par y penser systématiquement. Il suffit de lire le paragraphe qui suit...

Une Mama-San bien inquiétante

Au début de ma nouvelle vie à Phuket, je me souviens d'un accrochage dans la rue en plein centre de Phuket-Town avec une fille. C'était un 1er mai aux alentours de 10h du matin, je me rendais à ma boite postale pour récupérer un quelconque courrier. J'étais en voiture, elle était à moto. Elle m'avait accroché en me dépassant et vu les circonstances, était à 100% dans son tort. Les dégâts étaient minimes : le rétroviseur de la vieille moto un peu tordu, et moi, une petite rayure, c'était tout, pas de quoi faire un plat. La fille avait légèrement chuté, je l'aidais à se relever, la première frayeur passée elle en souriait. Je lui proposais de l'emmener dans la petite clinique du coin histoire de faire nettoyer la petite égratignure à son genou et de lui faire poser un pansement propre. Jusque-là, tout allait bien.

Sa patronne qui suivait, une « Mama-San », (mère maquerelle locale si vous préférez) prit bien entendu la défense de son poulain, aveuglément sans le moindre scrupule, sans la moindre hésitation non-plus. Vous me direz que d'avoir un accrochage avec ce genre de personnage… une « Mama-San », c'est certainement la pire chose qui puisse arriver, je suis entièrement d'accord, eh bien, à moi, cela m'est arrivé.

Très rapidement, face à la réaction agressive de cette personne (peu fréquentable), alors que la blessée ne demandait rien, j'appelais immédiatement (non sans mal) mon assurance. A cette époque là, je n'avais pas de téléphone portable. Connaissant très peu de monde sur l'île, je n'en voyais pas l'utilité, donc, seule solution, me rabattre sur la cabine téléphonique publique située à l'extérieur de la poste centrale... seulement voila, je n'avais pas de pièces de monnaie... ma femme non-plus... je n'allais tout de même pas demander une pièce de 5 bahts à l'autre fêlée. Bref, je finissais par trouver une pièce qu'un témoin sympa me donna gracieusement. Situation vraiment inconfortable, les minutes paraissaient interminables jusqu'à l'arrivée de l'employé d'assurance chargé de faire constat et photos...

Pour la petite histoire, le lendemain de cette histoire, j'achetais mon premier téléphone portable en Thaïlande.

Pendant ce temps-là, j'avais repéré un type s'affairer autour de la moto depuis quelques minutes, bloc-note et stylo en main et l'autre pétasse en train de lui dicter avec autorité un certain nombre de choses...

Vu que la « Mama-San » était un peu trop agressive à mon goût, je retournais m'asseoir dans la voiture où je demandais à ma femme ce qui se tramait à l'extérieur, car je ne comprenais pas le manège, celle-ci me répond : « ils sont en train de checker les dommages et d'établir le montant que tu vas devoir payer pour réparer la moto». Je n'en croyais pas mes oreilles. Bien sûr, pour eux, j'allais être obligé de payer des frais de réparations imaginaires qui n'avaient rien à voir avec l'accrochage. De nos jours, cette technique continue d'exister à Patong avec notamment les jet-skis loués quelques minutes à des vacanciers souvent bien surpris à leur retour sur la plage.

Fraîchement installé en Thaïlande, j'arrivais avec mes principes et mes habitudes de petit européen… il n'était pas question pour moi de payer des réparations dont je n'étais pas responsable.

Pour la «Mama-San» le point de vue était complètement autre: c'est un «farang», il a une voiture donc il a du fric, donc c'est à lui de payer, logique implacable et complètement évidente pour ce genre de personnage: code de la route, priorités, réglementation... ne sont pas des termes faisant partie de son vocabulaire habituel. D'ailleurs je doute fort qu'elle ait eu la moindre notion de code de la route, même pas sûr qu'elle ait eu un quelconque permis de conduire ni même qu'elle sache lire ou écrire alors voila dans quel merdier je me retrouvais en une seconde !

Je me suis rendu compte finalement après toutes ces années que la plupart des gens qui ont un accrochage sur la voie publique, n'avaient finalement aucune connaissance en matière de code de la route, ni même de permis de conduire... et encore moins une assurance !

Quelques longues minutes ont passé et ce que m'a appris ma femme m'a rendu hyper méfiant. Je sors finalement de la voiture pour rejoindre la « Mama-San », et lui dis le fond de ma pensée poliment, calmement en esquissant même un léger sourire, (quel effort de ma part) tout en précisant que je n'étais pas en tort et que c'était plutôt à elle de payer la rayure faite à ma voiture… le Tsunami de paroles qui a déferlé brutalement et qui m'a atteint sans que je m'y attende en pleine figure, accompagné du typique « ici c'est mon pays, je suis chez moi » m'a fait retourner aussi sec dans la voiture pour attendre l'assureur qui n'était toujours pas là, en écoutant calmement « Brothers in Arms » mon morceau préféré de Dire Straits histoire de me calmer...

Je découvrais une autre facette de la Thaïlande, celle d'une Thaïlande profonde rude et brutale, complètement inconnue pour moi. Heureusement, ce n'est pas la plus courante, mais il faut bien admettre que j'étais vraiment... mal tombé !

L'employé de la compagnie d'assurance finissait enfin par arriver sur les lieux du délit. Etant mon « représentant officiel», ou mon «avocat» en quelque sorte, je le laissais avec l'autre furie, faire leur soupe entre eux: rien de tel pour laisser l'ambiance explosive retrouver un niveau plus convivial. J'observais de loin le manège dans lequel mon «avocat» se trouvait. Il avait l'air bien rodé et semblait expliquer avec un calme olympien une tonne de choses (pour un si petit accrochage) qui semblait ramener l'autre pétasse à la raison.

Etait-il arrivé à faire comprendre à cette immonde personne non seulement brutale mais en plus vulgaire avec sa voix cassée, conséquence de ses années de nuits passées dans les bars à picoler, fumer et crier, que l'étranger était dans son droit… ? je n'osais trop le croire...

Ma chance était que je me trouvais à Phuket-Town et non à Patong. Les gens de Phuket-Town n'apprécient pas trop ce genre de personnage ni les bars à fille en général. Grâce à cela, je pense qu'elle ne devait pas être à fond... à mon avis, elle devait encore avoir quelques chevaux sous son capot. Si la scène s'était passée à Patong j'aurais eu droit très probablement à l'encerclement progressif de dizaines de badauds, elle aurait aussi été plus autoritaire encore et je me serai senti bien peu de chose...

Peut-être pensez-vous que tout cela est exagéré, imaginé, inventé...? je vous jure que non.

Cet épisode de ma nouvelle vie aurait pu s'arrêter là avec cette belle conclusion… ah que ni ni !

Au moment de nous séparer une fois pour toutes, la « pétasse » (excusez-moi du terme, je n'ai pas trouvé d'adjectif plus significatif) demandait avec le sourire... (oui !) notre numéro de téléphone à ma femme, ce que ma femme fit bien naïvement: grossière erreur.

Les jours suivants, nous avions droit à des appels téléphoniques avec menaces sérieuses et quelques insultes à la clef, réclamant de l'argent et ce, malgré le constat fait par l'assureur. A tel point que ma femme morte de trouille, ne voulait même plus que je me rende à la poste pour aller vérifier ma boite postale de peur qu'il ne m'arrive quelque chose. J'avais tendance à en rire, à penser qu'elle exagérait… mais elle n'avait pas tort.

Après avoir informé mon contact habituel à ma compagnie d'assurance de cette situation, une femme charmante et bien au courant de ce type de relations, celle-ci décida de payer le montant demandé (contre mon gré), prétextant qu'avec ce genre de personne il fallait être très méfiant… elle m'expliquait dans un anglais parfait, que je risquais gros, peut-être ma vie pour une histoire de 3.000 bahts (75€)...
Alors, si même des thaïs vous disent ça…

Vous penserez que là, je suis vraiment mal tombé… ben oui, mais comme on dit : il suffit d'une fois !
Cette mauvaise expérience fut la seule en ce qui me concerne... et depuis, je touche du bois !

Mais plus mal tombé encore est ce résident allemand qui au bout d'une course en tuk tuk et estimant que le prix de la course était trop élevé comparé au trajet, refusait de payer la note demandée (une histoire de 200 bahts (5€) et qui s'est retrouvé à l'hôpital, dans le coma... de la fumée sans feu... ça n'existe pas a t'on coutume de dire, le gars en question était , il est vrai dans un état d'ébriété avancé et donc très probablement agressif, le chauffeur de tuk tuk quant à lui, rejoint par bon nombre de ses copains en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, a vite réglé le compte du touriste... comme je l'ai déjà mentionné, les thaïs dans ce milieu, sont de véritables volcans qui peuvent faire une irruption catastrophique très facilement et pour un rien. Leur faire perdre la face étant la pire des choses.

Non, il vaut mieux ne pas jouer au feu en Thaïlande surtout avec des gens faisant partie de ce monde de la nuit si particulier. En prenant quelques risques inconsidérés, vous avez de fortes chance de découvrir... le mauvais côté de la Thaïlande !

Au Club de Tennis à Phuket

Parler de tennis ici, mais pour quoi faire me direz-vous… cette activité n'intéresse pas forcément les gens qui viennent se connecter sur mon site et encore moins ceux qui ne s'intéressent pas du tout à ce sport. Parler de mes exploits personnels..? rassurez vous, il n'y en a pas, donc il n'y aura aucun narcissisme de ce côté. J'ai pensé par contre que de raconter comment cela se passe dans un club très local pouvait apporter une autre vision sur les gens de ce pays.

Je ne vais par conséquent pas évoquer grand chose de vraiment tennistique dans ce paragraphe, si ce n'est la découverte d'un club, de certaines habitudes et coutumes parfois surprenantes ainsi que de quelques membres que j'ai fréquentés le temps d'une partie et que j'ai connus finalement que superficiellement.

Dans l'ensemble, la Thaïlande est un pays plutôt permissif c'est en tout cas l'impression que ce pays donne généralement. On y trouve de la contrefaçon, du piratage en masse, un commerce sexuel bien développé, de la corruption à tous les étages, bref, les médias spécialisés ont bien souvent étalé ces points là et ne s'en sont pas privé.

La société thaïlandaise, la vraie, est toute autre et reste en réalité très conservatrice. Au risque d'en surprendre certains, les thaïs sont extrêmement pudiques.

J'ai donc fréquenté pendant de longues années et ce, plusieurs fois par semaine, le club de tennis de Phuket-Town. A grande majorité thaï (en 1998, nous étions 2 étrangers, en 2013, une petite dizaine sur un total d'environ cent membres). Le fait de fréquenter un tel club aide à la découverte des gens, à comprendre un peu mieux leur façon de réagir, de vivre... ceci étant, je n'ai pas encore tout compris, loin de là, mais une chose est certaine, là... on est bien loin de l'ambiance et de la mentalité de Patong avec tous les excès qu'on y trouve à tous niveaux.

Dès le départ, l'accueil avait été plutôt sympa, courtois, mais sans excès, juste ce qu'il faut. Il faut dire que je me méfie toujours lorsque le premier contact est trop amical, cela n'annonce en général pas grand chose de bon ou de sincère pour la suite, donc, là... ma première impression était plutôt positive et me convenait très bien. Au début, j'ai dû m'adapter à certaines règles propres au club, à certaines habitudes, à certains principes. Tout cela était bien nouveau pour moi. La moindre des politesses étant de se plier aux exigences de mon nouveau club, je m'y employais sans réticence et cela, avec le plus grand respect, vu que je n'ai jamais fait pas partie de ceux qui se croient en pays conquis.

Un point de règlement surprenant : la tenue réglementaire pour être autorisé à jouer au tennis est le blanc. Pas de shorts de couleur, de t-shirt de couleur… que du blanc et j'ai bien l'impression que cette règle est propre au club de Phuket. (?) Il m'est arrivé une fois de me tromper de short et de me retrouver avec un short beige à la place du blanc… j'ai immédiatement été averti, poliment certes, mais ce fut bref et direct !

Ce club de tennis est voisin d'un club de football qui organise de temps à autres des tournois et des animations. Un soir d'une telle animation, l'hymne national a retenti sur les coups de 18 heures, joué par la fanfare qui se trouvait sur le terrain de foot, donc, juste à côté. Tous les joueurs de tennis, qui n'étaient absolument pas concernés par cette manifestation, se sont immédiatement arrêtés de jouer et se sont mis au garde à vous en écoutant leur hymne. Image un peu surprenante pour un européen, mais moi, bien entendu, j'ai suivi le mouvement par respect.

Entendre des sifflets pendant l'hymne national ? inimaginable, même pas dans les rêves et complètement impensable ici et je ne vous conseillerai surtout pas d'essayer.

Ce club a encore une autre particularité, on n'y joue qu'en double et les équipes se composent au fur et à mesure de l'arrivée des joueurs. Ce qui fait qu'on ne sait jamais à l'avance avec qui on va jouer, et il n'est pas facile non-plus de choisir un partenaire.

Si les trois courts sont occupés, et que du monde attend son tour, dès qu'un set est terminé, il faut quitter le court pour laisser la place aux suivants. Que le set ait duré 1 heure ou bien 15 minutes seulement, on laisse la place et on attend que le prochain court se libère pour remettre le couvert. Parfois, il suffit de patienter quelques minutes, mais parfois l'attente peut s'étirer à plus de 40 minutes… c'est un peu pénible pour un «farang». Plus pénible encore est que lorsque vous venez de patienter 40 minutes, qu'un court se libère, vous croyez que c'est votre tour pour disputer un second set… mais un autre membre qui est arrivé entre temps et qui n'a pas encore joué aura la priorité… et c'est donc reparti pour une attente supplémentaire.

Ces deux points de règlement: la tenue blanche et le roulement continuel sur les courts... ont vraiment du mal à passer chez les français.

En effet, j'ai à plusieurs reprises amené des connaissances dans ce club et je dois dire que ces deux conditions ont autant surpris que découragé ces personnes qui ne sont pas revenues. Il faut comprendre que les thaïs, depuis leur plus jeune âge, sont habitués à porter des uniformes. A l'école, ils ont la tenue classique bermuda beige, chemise blanche pour les garçons, jupe bleue chemise blanche pour les filles. Les écoliers ont ensuite une journée sportive durant laquelle ils viennent à l'école en tenue de sport là aussi bien réglementée... et enfin, le mercredi, dans toutes les écoles du pays, c'est la journée «scout» où ils portent encore une autre tenue bien spécifique (verte). Evoluant ainsi depuis leur plus tendre enfance jusqu'à la fin de leur adolescence, on comprend que le port de l'uniforme est une chose tout à fait normale et logique pour eux...

C'est aussi à ce genre de contrainte qu'il faut savoir se plier lorsqu'on vit dans un tel pays... si on ne les accepte pas, il faut aller ailleurs.

Autre habitude, qui est une tradition mais également un acte de courtoisie, est qu'à la fin d'un set, on ne se sert pas la main, par contre les 4 joueurs qui viennent de terminer leur partie se saluent mutuellement en faisant le Waï. Franchement, il ne m'arriverait pas de critiquer cela. On retrouve d'ailleurs ce geste, que j'aime beaucoup, dans bon nombre de sports comme la boxe thaï par exemple où les boxeurs le font plusieurs fois, avant ou après un combat...

Dans le comportement en général, je dirai que les gens de ce club que j'ai côtoyés pendant longtemps ont toujours été très corrects, très polis, mais il y a toujours un petit côté énigmatique dans les relations à cause bien entendu de la barrière de la langue.

Très peu de thaïs parlent anglais, mais on ne peut pas le leur reprocher. C'est plutôt à nous finalement de faire des efforts pour parler leur langue, ils sont chez eux après tout. En ce qui me concerne, mon niveau pour m'exprimer est bien médiocre comparé au nombre d'années passées ici, et s'il me permet de me faire comprendre, il ne me permet pas d'alimenter un dialogue prolongé... Sur les soixante ou quatre-vingt membres que j'avais l'habitude de croiser... une dizaine environ, savaient un peu s'exprimer en anglais.

Les membres habituels du club, étant de diverses origines sociales, il m'arrivait par conséquent de jouer régulièrement avec des artisans, des commerçants, des chirurgiens, des juges ou avocats, des flics gradés, un colonel retraité de l'armée, des employés de la fonction publique thaï, des instituteurs ou professeurs, quelques ingénieurs ou architectes, bref, un panel bien varié et finalement assez représentatif de la société thaïlandaise. En étant en contact ne serait-ce que le temps d'une partie, avec cette catégorie de gens, on sent très vite la différence avec le monde de la nuit que j'ai évoqué plusieurs fois auparavant et qui n'est pas ma tasse de thé, vous l'aurez compris. Rien à voir. Là, on ne cherche pas à vous vendre quoi que ce soit, on ne cherche pas à vous arnaquer, on ne cherche pas à vous proposer un plan pourri ou de vous attirer dans une quelconque magouille.

Il m'est arrivé tout de même de discuter régulièrement avec certains qui me demandaient mes origines, ce que je faisais à Phuket, depuis combien de temps et si j'aimais le pays. Des discussions toujours sympathiques où on sentait que les gens quelque part, s'intéressaient un peu à vous. Ca fait toujours plaisir.

Ce qui a aussi bien facilité mon intégration au vu de certains, était le fait que j'amenais ma belle-fille à l'école de tennis. J'ai nettement senti que les membres appréciaient ce genre de comportement. Encore aujourd'hui, certains me demandent pourquoi elle ne vient plus (elle a abandonné la pratique du tennis), et ce qu'elle fait à présent au niveau des études.

Entre eux aussi l'esprit est convivial et très courtois. Tous se connaissent puisque tous ont l'habitude de se retrouver régulièrement dans le club. Certains, toujours les mêmes viennent ainsi tous les jours, et se connaissent parfaitement. Quelque part il y a des similitudes avec un club banal en France: vous avez des groupes qui se sont formés dont les membres sont un peu plus proches, qui ont plus d'affinités, si bien qu'après un set, on les voit parfois assis ensemble pour discutailler. D'autres, à l'inverse, plus réservés, plus isolés, viennent discrètement, font leur Waï, disputent leurs deux sets et repartent tout simplement sans broncher. S'ils parlent c'est vraiment très brièvement, pour eux, ils viennent faire un peu d'exercice c'est tout, ni plus, ni moins.

Je me suis toujours gentiment amusé à voir un de mes partenaires réguliers, un colonel à la retraite avec ses manies de militaire hyper discipliné et irréprochable, Ray-Ban sur le nez, tant que le soleil n'avait pas disparu. Après avoir disputé deux sets, il sortait systématiquement de son sac de sport un peigne pour remettre en ordre ses cheveux et bien refaire sa raie, véritable cérémonial à la suite duquel il regagnait sa voiture après m'avoir salué de son Waï, auquel je ne manquais jamais de répondre.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que l'asiatique et l'occidental sont bien différents, mais même en sachant bien tout cela, il est des situations qui me surprennent encore aujourd'hui et qui n'ont pas fini de me surprendre.

Moins drôle: un jour j'ai eu la bonne idée (si on peut dire) de me tordre le genou qui était déjà mal en point… mais là, ce fut le coup fatal, au point d'être obligé de quitter le court immédiatement en grimaçant sérieusement, non pas à cause du score ou de l'abandon de mon partenaire en pleine partie, mais à cause de la douleur épouvantable. Résultat: la plupart des gens qui me voyaient en rigolaient ! Situation tellement surprenante, à la limite vexante voire blessante pour quelqu'un qui n'a jamais connu une telle situation dans un tel contexte. Eh oui, c'est comme ça ici. Intérieurement je peux l'avouer, certains d'entre eux ont été gratifiés de noms d'oiseaux assez particuliers, car comme tout occidental, je n'aime pas trop qu'on se moque du malheur de son prochain ! Mais tout ça, ce n'était que dans ma tête, et pour sauver l'apparence, je n'ai rien laissé filtrer sur mes sentiments du moment !!

Surprenant comme réaction je peux vous le confirmer… mais la Thaïlande n'est pas le pays du sourire pour rien !

Si j'avais été un passionné de pétanque (par exemple) j'aurais probablement raconté l'ambiance régnant dans un club de pétanque... Ceci étant, beaucoup de thaïs jouent à la pétanque à Saphan-Hin (Phuket-Town) notamment, mais je n'ai jamais fait partie de leur club, n'étant pas un passionné de ce sport. Pour avoir assisté de loin à quelques parties, je peux confirmer que ce ne sont pas des manchots, et je m'en suis aperçu à plusieurs reprises en les observant assis sur un banc non loin de leur aire de jeu.

La pétanque est un sport qui s'est bien développé dans le pays. Ainsi, même dans un village très reculé en pays Isan, j'ai croisé des jeunes et moins jeunes s'adonnant à ce jeu quotidiennement en fin d''après-midi, lorsque le soleil est moins haut.

Les thaïs sont des gens très joueurs, très habiles et souvent très adroits. La pétanque sport qui ne revient pas cher est vraiment à leur portée et colle bien à leur esprit joueur dans l'âme.

Les différences entre ces cultures asiatiques et les nôtres, ce sont ces petits détails de la vie de tous les jours. Ces différences de réaction, de pudeur, de discrétion et d'humilité chez les gens que l'on côtoie au quotidien, dans un magasin, dans un club de sport, ceux avec qui on échange quelques mots ou tout simplement un regard ou un sourire.

On ne peut pas se limiter constamment à des reportages sur les quartiers chauds de Patong ou de Bangkok… et ne donner que cette image dépravée de ce pays qui n'est pas la vraie. La Thaïlande c'est tout de même autre chose, heureusement.

En Réalité, je vous le dis !

Oui, en étant réaliste, on pourrait aborder pas mal de sujets qui fâchent que je n'ai pas pour habitude de soulever ici sur mon site qui est avant tout un site destiné à montrer les beaux paysages en photo... afficher des cartes postales, donner des idées et faciliter la vie aux visiteurs venus passer quelques minutes.

Enumérer tous ces sujets qui fâchent, certains le font très bien sur leurs sites et ne s'en privent pas, ils sautent sur la moindre occasion pour mettre en avant tel ou tel autre fait divers. C'est une spécialité, une façon de voir les choses, mais je pars toujours du principe que chacun est libre de penser ce qu'il veut, et de mettre ce qu'il veut sur son site ou son blog. Il y a de la place pour tout le monde sur le net.

Ceci étant, la prostitution, la drogue, la corruption, les excès en général, les étrangers arnaqués, les étrangers qui sont pris pour des vaches à lait, j'en ai entendu et lu de toutes les couleurs: oui ça existe et c'est la réalité, même ici en Thaïlande, surtout en Thaïlande.

Il m'est arrivé d'entendre des discours débiles par le passé, mais cela est devenu plus rare ces dernières années, puisque je ne me rends plus aux réunions des «philosophes de comptoirs», ces endroits où certains savent tout et mieux que les autres, alors qu'ils ne sont là que depuis quelques semaines, qui ont la science infuse et qui passent leur temps à critiquer les thaïs. Ceux qui, par exemple prétendent que toutes les thaïs sont des putes, réflexion qui a tendance à me mettre hors de moi.

A part l'accrochage avec cette Mama-San relaté plus haut, je n'ai jamais eu d'autre problème. Je me suis peut-être fait un peu arnaquer une ou deux fois, mais ça n'a jamais été catastrophique, pas de quoi en faire un fromage non-plus.

Je sais bien que tout n'est pas parfait, mais existe t'il un seul endroit dans ce monde où tout est parfait. Il y en a eu des endroits de rêve... mais tous ont été saccagés par l'homme et par le tourisme de masse, et ça continue !

A ceux qui passent leur temps à tout critiquer systématiquement, ce qui à la longue devient parfois pénible, je leur conseille tout simplement de retourner chez eux, en précisant que personne ne les a forcés à venir s'installer ici. Des parasites de cette sorte sont malheureusement très courants et en plus, ils s'accrochent comme des morpions.

Qu'est-ce qui plait généralement à celui qui découvre ce pays pour la première fois ? le climat, le sourire, l'apparence et le comportement des gens, les temples, l'accueil, la végétation, la courtoise... alors pourquoi quelques temps plus tard ne plus se souvenir de tout cela et ne passer son temps qu'à critiquer tout ce qu'on a aimé auparavant.

Je ne pratique pas la politique de l'autruche et je suis bien conscient de ce qui se passe autour de moi.

Le trafic de drogue a énormément progressé en Thaïlande. Les contrôles de police sont de plus en plus nombreux et le plus souvent à la recherche de Ya Bah: nom thaï donné à ces pilules de méthamphétamines qui circulent bien dans l'ensemble du pays.

Ce nom de Ya bah n'étant autre qu'un nom thaï: YA= médicament BAH= fou, donc... le médoc qui rend fou !

L'effet obtenu est un sentiment d'euphorie, qui s'accompagne d'une hyperactivité physique, et d'une perte du sommeil.

Dans les années 1960 les comprimés de Ya Bah étaient en vente libre dans les stations services thaïlandaises, et couramment utilisés par les camionneurs pour rester éveillés sur de longues distances. A la suite de nombreux accidents de la route au bilan très lourd et impliquant des bus, ils ont été interdits par le gouvernement thaïlandais en 1970.

Le Yaba se présente généralement sous forme d'une pilule ronde d'environ 6 mm de diamètre de couleur rouge, orange ou verte. C'est une drogue de synthèse relativement facile à produire à partir de composants chimiques dont la plupart sont en vente libre sous une forme dérivée.

Le fléau de la drogue reste un enjeu national en Thaïlande où le nombre de toxicomanes a triplé depuis quatre ans et est aujourd'hui estimé à 1,2 million de personnes. Sur les 80.000 villages que compte le pays, 60.000 seraient directement ou indirectement touchés.

Dans certaines endroits publics comme le Nana Plazza à Bangkok par exemple, régulièrement la police barre la sortie de ce complexe aux multiples bars et gogos bien connus et font uriner dans des flacons à 2 heures du matin les gens afin de repérer les consommateurs de drogue, notamment le Yaba.

Les cambriolages se sont multipliés ces dernières années dans l'ensemble du pays et bien fréquentes sont les diffusions à la télévision nationale de cas devenus si courants, et filmés par les caméras de surveillance. Eh oui, pour pouvoir se payer des doses il faut de l'argent et où trouver cet argent finalement... Les cambriolages dans les maisons, les vols de voiture, les agressions dans la rue, bref... la Thaïlande est en train de virer sérieusement sa cutie et n'est plus tout à fait le Siam que nous avons découvert il y a si peu de temps encore. Mais c'est l'évolution de la vie moderne et on ne peut rien y faire malheureusement.

Nous avons connu ça chez nous... où la dégringolade continue.

Dans la série des vieilles anecdotes, il m'en revient une en mémoire et qui serait probablement une situation impossible à vivre de nos jours à Patong: j'avais garé ma moto en bordure de plage pour aller me restaurer dans l'une des nombreuses petites paillotes qui servent des plats locaux à des prix vraiment attractifs et toujours succulents. J'avais oublié mon appareil photo dans le panier de la moto... et une heure après, à mon retour, l'appareil s'y trouvait toujours...

La prostitution, autre problème qui a été abordé un nombre incalculable de fois par nos chers médias.

En Thaïlande, faire le trottoir est rigoureusement interdit pour les femmes, d'ailleurs la prostitution en général est interdite. Les filles que l'on trouve dans les bars ne font pas le tapin après tout. Elles sont employées par leur Mama-San et sont là pour amuser ou faire boire les clients. Ensuite, si elles partent avec un client... c'est tout à fait leur droit. Ce qu'elles font avec le client et ce qu'elles reçoivent en échange de leurs services ne regarde personne.

Où est la différence me direz-vous...?

Les réseaux sociaux, les sites spécialisés de rencontres... ont eux-aussi pris une dimension surprenante. Il est devenu presque impossible de se connecter sur un site quelconque sans voir apparaître une publicité qui incite à se connecter à l'un de ces sites de rencontres avec des titres accrocheurs: «La femme de vos rêves vous attend ici» et des photos de mannequins pour agrémenter le tout... c'est devenu tellement courant que cela en devient pénible à force.

Facebook a un succès fou en Thaïlande. Des millions de jeunes sont connectés.... et c'est probablement la formule la plus utilisée par les jeunes thaïs...

Ah qu'on est loin du Phuket et de la Thaïlande des années 90... mais malgré cela, on y est toujours bien.